FORUM EN PENTE DOUCE
FORUM DE DISCUSSIONS POUR SENIORS
 
 FAQFAQ   RechercherRechercher   Liste des MembresListe des Membres   Groupes d'utilisateursGroupes d'utilisateurs   S'enregistrerS'enregistrer 
 ProfilProfil   Se connecter pour vérifier ses messages privésSe connecter pour vérifier ses messages privés   ConnexionConnexion 

Amour 1.900...

 
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet    FORUM EN PENTE DOUCE Index du Forum -> LITTERATURE (accès lecture libre)
Voir le sujet précédent :: Voir le sujet suivant  
Auteur Message
j.r.garou



Inscrit le: 14 Jan 2008
Messages: 517
Localisation: BRON 69

MessagePosté le: 08-05-2008 11:20    Sujet du message: Amour 1.900... Répondre en citant



Pourtant je n’y croyais pas vraiment, mais...le temps passant, je t’ai trouvée de plus en plus belle ; de plus en plus femme, toi que j’avais fait sauter sur mes genoux, au temps où j’étais pour toi : « tonton Fred »
Ton oncle, je ne le suis nullement. Employé aux écritures dans l’entreprise de ton grand père, et ami de ton père, je le suis resté quand il a pris les rênes à la mort du « Patron »…
Nos vies ont été parallèles mais tout à fait différentes. Il a fait un grand mariage, et à son tour le « Patron » il est devenu un tantinet distant et supérieur, reconnaissant pourtant mes qualités : en paroles plus qu’en deniers sonnants et trébuchants…
Je suis pourtant le rouage principal de toute l’organisation. Lui sait faire des ronds de jambes
Des beaux discours, présenter nos articles aux clients…toujours parti, se reposant sur moi !
Je me suis marié moi aussi avec une des ouvrières de la fabrique de tissus. Très fine, le visage
D’une madone mais diaphane et fatiguée, le métier à tisser n’était pas fait pour elle. J’étais payé comme chef comptable sans penser à faire ressortir que mon travail allait au delà de ces fonctions. Mais j’ai pu faire en sorte que Margueritte reste à la maison… trop tard pourtant : « poitrinaire » terme pour désigner les tuberculeux à l’époque, après deux séjours en maison de repos dans les Alpes, elle s’est alitée. Et en quelques mois la phtisie l’a emportée en un monde qu’on voudrait meilleur pour ceux qui nous quittent…
Dés lors je me suis encore plus investi dans le travail, sans penser à me distraire, à « refaire ma vie » comme l’on dit, mais inconsciemment je t’ai vue grandir et te transformer !
C’est que passe - murailles, toujours là quand on a besoin de lui, je suis souvent invité chez toi
Et à chacune de vos réceptions. Marie-Claude ta Maman trouve normal de me consulter pour des tas de choses comme si c’était naturel, puisque je suis l’ami de Francis ton Papa qui lui aussi se repose sur moi !
Et pour toi aussi, j’ai toujours été l’ami, confesseur de tes péchés véniels : école, ‘colles’, contradictions enfantines. Puis, j’ai été celui à qui tu confiais tes rêves pour cette vie dont tu espérais tant. Mais depuis quelques mois, tu pleures dans mon giron :
-‘Ils’ veulent me marier à ce benêt dans les yeux duquel j’ai lu aussi un désir bestial qu’il ne cache même pas… Tu es l’Ami de Papa, dis lui toi, que je me moque des millions du père ! Parce qu’il est le fils de… tout le reste ne compte pas ? et moi qui ne l’aime pas, qu’il me fasse peur, ça ne compte pas ! »
………………………………………………………………………………………………………….


J’ai essayé d’en parler à Francis qui a haussé les épaules et m’a tenu un long discours sur tout ce qu’il tirerait d’avantages pour ses placements de coupons à la simple référence de ce consortium duquel il voulait se rapprocher : un mariage qui l’arrangeait bien, lui ! En ces années 1900, dans ces familles là, les mariages arrangés étaient les plus courants. Marie Claude d’abord gênée m’a vite fait comprendre que je ne devais pas m’en mêler…
Mais toi Gisèle tu ne l’entendais pas de cette oreille, et tu pleurais de plus en plus souvent sur mon épaule… Je te prenais dans mes bras, incapable de trouver les mots qui pourraient te consoler ; je sentais ton cœur battre la chamade et tes larmes m’inondaient quand tu as bredouillé :
-Depuis toujours c’est à toi que je me suis confiée ? je suis tellement bien avec toi, tu n’es plus mon « tonton Fred » mais tu es l’homme avec qui je veux passer ma vie…
Et moi embarrassé :
-Je ne suis plus le tonton de ton enfance, mais je suis toujours de l’âge de ton papa ? 42 ans comme lui, et toi tu en as 19… De plus je ne suis rien qu’un employé, pas tout à fait un subalterne, mais pas de votre niveau pour ta famille…Personne ne comprendrait que j’ose seulement envisager de demander ta main….
Mais elle, véhémente :
-Tu ne m’as pas dit : « je ne t’aime pas ! » oses me le dire ? J’ai compris depuis longtemps combien je comptais pour toi ; mais aussi que tu ne l’avouerais jamais… moi, j’ose : Je t’aime…je t’aime….je serai à toi ou à personne ! Je me ferai nonne plutôt ou je me jetterai de la terrasse…
Tout en te berçant, je ne savais que te répéter :
-Petite folle ! Tu veux leur faire un tel chagrin et… à moi aussi ?
-Alors, aies le courage de leur dire que tu veux m’épouser… que nous nous aimons : je le leur dirai de mon côté ! me l’as-tu répété, à la fois anxieuse et l’air décidé…
Ce qui était prévisible est arrivé ! Francis m’a insulté me traitant de malade ; Marie-Claude a crié au satyre… Ils m’ont menacé de m’attaquer pour détournement de mineure, si je faisais mine seulement de te rencontrer à nouveau ! J’ai donné ma démission…
Et trouvé un emploi facilement dans le même type de filature mais à 40 km de la. Puis j’ai déménagé ! C’était lâche, je le sais. Et pour Gisèle un abandon qui la laissait sans allié face à ses parents. Elle m’a écrit ; j’ai répondu…les mêmes mots avant qu’arrive la chanson : « Puisqu’on est seuls et puisqu’ils sont si nombreux… » Mais je l’encourageais à résister à ce mariage forcé ; ajoutant qu’elle guérirait vite de ce qu’elle pensait être de l’amour pour moi. Qu’elle trouverait quelqu’un de son âge qui ferait battre son cœur à nouveau et que je me réjouirai pour elle…
Elle ne m’a pas répondu !

…………………….

Il s’est passé des mois durant lesquels il n’était de jour où je ne pensais à elle. Je n’avais plus aucun contact avec la famille ou l’entourage. Je demandais de leurs nouvelles, et chaque jour lisant la presse régionale, je pensais apprendre les fiançailles officielles de Gisèle : au vu de son jeune âge et à la façon dont on la contraignait, elle ne résisterait pas longtemps !
Et puis l’appel téléphonique à mon travail. La voix blanche quasi inaudible de Francis :
-‘Elle’ s’est jetée de la terrasse ce matin…les jambes cassées, la colonne touchée…elle a repris connaissance : elle te réclame, viens vite !
La grande ville, l’hôtel Dieu… 2ème étage, et la porte de chambre ouverte, ce petit visage dont on ne voyait que les grands yeux fiévreux. Ses parents étaient à ses côtés : je ne les voyais même pas ! Je me suis penché vers ce front brûlant, j’ai entendu ce murmure :
-Tu es venu ! ne me laisse plus…
Ma main avait pris la sienne, ma barbe fut vite doublement mouillée de ses larmes et des miennes !
Je n’y croyais toujours pas, mais les choses ont évolué de façon sidérante. J’ai passé mon temps à l’hôpital : non seulement j’y étais le bienvenu, mais Francis m’a avoué qu’il avait de gros problèmes avec le personnel depuis mon départ et qu’il serait heureux si je venais à nouveau le seconder, comme associé dans l’affaire cette fois. Marie Claude était effondrée : je n’osais tenir rigueur à cette mère éplorée qui s’en voulait tellement de ne pas avoir plus résisté aux pressions de son mari vis à vis de leur fille unique !
Un trimestre plus tard, nous avons été mariés quasiment à la sauvette, car nous n’avions pas voulu gêner tes parents et encore moins affronter tous les hypocrites qui auraient déversé leur fiel dans notre dos !
Et dans la petite villa qu’ils nous ont trouvé, notre bonheur s’est poursuivi au mode plus que parfait. Un an après, j’écris ces lignes en te regardant jouer à la poupée avec notre petite Emilie. Je ne me sens plus ‘vieux’ dans notre « Toi et moi » car il y a nous, et le reste du monde qui arrive à nos pieds comme une vague dont il faut se méfier un peu sur la grève où nous avançons… mais enlacés et unis pour la vie, avec déjà le premier fruit de notre Amour !

Fin
Revenir en haut de page
Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé
campanule



Inscrit le: 13 Jan 2008
Messages: 4283
Localisation: Picardie

MessagePosté le: 08-05-2008 11:52    Sujet du message: Répondre en citant

Bravo Jan, une bien belle histoire qui finit bien.

J'étais passionnée par les aventures de cette petite Gisèle qui certes savait ce qu'elle voulait et qui a tenu bon jusqu'à l'extrême.

Désormais, on ne prête plus attention à la différence d'âge sauf si c'est la femme qui est plus âgée.

C'est très agréable à lire, Jan.
Je te remercie et je te souhaite une très bonne journée.
Merci pour l'illustration, elle est superbe
bisous

_________________
Revenir en haut de page
Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé
j.r.garou



Inscrit le: 14 Jan 2008
Messages: 517
Localisation: BRON 69

MessagePosté le: 08-05-2008 16:58    Sujet du message: Répondre en citant

Campanule,

C'est un tableau de Sisley qui fait remonter le temps
de là à accrocher une histoire qui m'a été contée
remontant à l'époque des filatures Lyonnaises...
Bonne soirée
Bisous Amie

Jan
Revenir en haut de page
Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé
Annick
Site Admin


Inscrit le: 13 Jan 2008
Messages: 2957
Localisation: Bourgogne

MessagePosté le: 08-05-2008 21:17    Sujet du message: Répondre en citant

Je viens de lire ton récit, Garou,

Il colle très bien avec la gravure, tu as bien su bien su faire cadrer ton histoire avec l'esprit et les moeurs de cette époque 1900.


C'est très bien écrit.
_________________
Revenir en haut de page
Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé
campanule



Inscrit le: 13 Jan 2008
Messages: 4283
Localisation: Picardie

MessagePosté le: 08-05-2008 21:43    Sujet du message: Répondre en citant

C'est vrai qu'il écrit bien notre ami Garou.
_________________
Revenir en haut de page
Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé
j.r.garou



Inscrit le: 14 Jan 2008
Messages: 517
Localisation: BRON 69

MessagePosté le: 10-05-2008 11:03    Sujet du message: Répondre en citant

Annick, Campanule,
"N'en jetez plus - la cour est pleine..."
Je sais combien vous êtes indulgentes
car de vraies Amies, et...
je suis fier de votre amitié !
Bisous bisous
J.R...votre Garou Twisted Evil
Revenir en haut de page
Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé
Montrer les messages depuis:   
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet    FORUM EN PENTE DOUCE Index du Forum -> LITTERATURE (accès lecture libre) Toutes les heures sont au format GMT + 2 Heures
Page 1 sur 1

 
Sauter vers:  
Vous ne pouvez pas poster de nouveaux sujets dans ce forum
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Vous ne pouvez pas éditer vos messages dans ce forum
Vous ne pouvez pas supprimer vos messages dans ce forum
Vous ne pouvez pas voter dans les sondages de ce forum


Powered by phpBB © 2001, 2005 phpBB Group
Traduction par : phpBB-fr.com
Ce forum est un service : forumclic.com